Nouvel R – Tout va bien

29 juin 2010 par sandrine  
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Ecrire sur la musique n’a jamais été un long fleuve tranquille. J’en ai encore fait l’expérience avec ma dernière chronique sur Despo Rutti et les nombreux remous qu’elle a suscité. Des différences de points de vue parfois un peu viriles et des interrogations légitimes qu’il faut bien accepter quand on écrit dans un webzine célébrissime comme les Zindés. Alors quand on m’a demandé de chroniquer le dernier album de Nouvel R, cela s’est passé de la façon suivante :

« _ Zayyaaaaad, on a un groupe de rap pour toi !
_Ah ouais ?
_Un groupe de rap français pour changer, Nouvel R !
(après plusieurs écoutes)
_ Ca m’a l’air cool …
_ Ok prends le mais essaie de ne pas faire péter le serveur niveau commentaire cette fois …
(Private joke parce qu’en plus du goût, on a aussi de l’humour au Zindés !)

Comme vous le voyez, j’ai donc accepté. D’abord parce que je suis un peu maso. Ensuite parce que Nouvel R m’était complètement inconnu et m’a paru intéressant. Je repars donc avec le disque sous le bras. Au moment d’écrire la chronique, je me suis demandé pourquoi ne pas répondre à certaines interrogations légitimes. Et si je profitais de cette chronique pour délaisser le ton volontiers ironique qui m’a si bien desservi pour essayer d’expliciter un peu ma méthode de travail. Un article sérieux quoi. Ca va me changer mais pourquoi ne pas essayer. C’était donc parti pour Comment écrire une chronique pour les nuls ou Comment écrit-on une chronique quand on est nul … Cela dépend du fameux point de vue.

nouvel-rPremière étape : Se renseigner sur le groupe.
Essentiel pour essayer de comprendre la musique et le message du groupe. J’apprends donc sur le site officiel de Nouvel R que le groupe est avant tout une rencontre scénique. Il est composé de 4 MC’s (Binzen, Geni K, Koni et Sseca) d’un bassiste et d’un human Beat Box (Paï Paï et Shen Roc). Le tout drivé par Dj Dox. Tout ce petit monde s’est donc rencontré sur scène. A force d’écumer les festivals en tout genre, cette rencontre a abouti à la formation d’un groupe et un premier album profondément social intitulé Hybride. 2 ans et quelques crises économiques plus tard, le groupe sort son deuxième album ironiquement intitulé Tout Va Bien.

Deuxième étape : Retranscrire la forme (musique et chant). La musique de Tout va bien est marquée par des rythmiques plutôt tranchées et des influences plutôt larges. Jugez plutôt. Le groupe cite parmi ces influences Puppetmastaz, The Streets et Dizzee Rascal. La liste laisse perplexe mais jouons au petit détective musical. L’electro hop de Puppet est assez facile à débusquer (Masta ; Un minimum). L’influence de The Streets par contre est un peu plus difficile à retrouver (Débranche). L’ombre de Dizzee Rascal est bien là sur Canicule donc ouf, pas de publicité mensongère.
On trouve également des morceaux beatboxés par Shen Roc comme le rappeur est bâillonné ou le très bon morceau bonus. On ne peut qu’être impressionné par la manière dont ces influences ont été assimilées par le groupe angevin. (Impressionné au point de faire mon coming out sur la musicalité du rap français ? Hum ça reste à voir…)
Passons maintenant au chant : Dès le début de l’album, les Mc’s se renvoient la balle et les flows se marient plutôt bien. Tantôt technique, tantôt prophétique, le nombre de Mc’s permet une certaine variété et une vrai complémentarité. Complémentarité due sans doute à ces nombreuses heures passées en concerts et show en tout genre. Un petit bémol néanmoins sur les refrains comme celui de www.tuveuxdutrash.com qui deviennent très vite horripilants.

Troisième Etape : Le fond. On l’a dit, Nouvel R est un groupe résolument engagé. Le groupe est très souvent comparé à des entités comme La Rumeur ou même IAM. Les thèmes abordés ne manquent pas. Le chômage et les délocalisations (le remarquable morceau la machine), le thème du pouvoir d’achat (Un minimum), le thème de l’euthanasie (Débranche) ou encore l’environnement (Canicule). Tous ces thèmes sont traités de manières incisives et parfois même un peu trop (Je Reviendrai). L’humour n’est cependant jamais très loin avec l’ami dont nous rêvons tous (Chuck Maurice) ou la caméra embarquée dans une boîte de nuit des plus pittoresques (Chasilly Night Fever).
Un clip du morceau Masta est également disponible. Réalisé par Toumani Sangaré de Kourtrajmé qui fournit là une production des plus soignés dans le style caractéristique de Kourtrajmé. Un style direct qui s’accommode plutôt bien avec la musique et les convictions de Nouvelle R. Il suffit de voir les réactions sur le thread de la vidéo Youtube pour se convaincre que ce style fait mouche et suscite là aussi des différences manifestes de point de vue.


La Machine

Quatrième Etape : L’analyse (Analyse qui s’efforce de replacer le groupe et l’album de manière plus générale. C’est certainement la partie de la chronique la plus difficile car au contraire des trois autres, elle ne repose sur aucun fait objectif). En ce qui concerne Nouvel R, ce groupe fait furieusement penser à un groupe comme Steno.P. Les deux groupes partagent un aspect revendicatif et une volonté de se démarquer musicalement des standards du rap français. Chose que ces deux groupes arrivent à faire avec une certaine aisance. Ce qui laisse penser que le rap français n’est pas musicalement perdu et que sa future carte d’identité sonore est à chercher dans des groupes indépendants comme ces deux-là. Je ne dois pas être le seul à le penser puisque Nouvel R est lauréat du prix FAIR 2010.Nouvel R succède ainsi à des artistes comme Wax Tailor, Ez3kiel, Beat Assaillant ou Renan Luce. Peut-être le début d’une plus grande exposition pour eux et souhaitons le, d’une évolution sonore dans le paysage rap français…

Zayyad

Sorti en mars 2010
myspace.com/nouvelr

01 Un minimum
02 Je Reviendrai
03 www.tuveuxdutrash.com
04 La Machine
05 Masta
06 Chassily Night Fever
07 Le Rappeur Est Bâillonné
08 L’Addition
09 Canicule
10 La Face Cachée
11 Chuck Maurice
12 A Quoi Bon
13 Débranche

The Gents – The Generous Thieves

28 juin 2010 par sandrine  
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Accompagné des français Xavier Derouin à la guitare et Hervé Koster à la batterie, le chanteur Thomas Windrif du Groupe The Gents, nous éclabousse d’un rock très « british made U.S.A ». « British made U.S.A » qu’est ce que c’est ? C’est quand un groupe possède un chanteur à l’accent so british sur des sons hybrides rock à l’américaine.

the-gents-image

Avec leur nouvel album The Generous Thieves, disponible depuis le 14 juin, The Gents propose des variantes de titres très hétérogènes. De la romance avec You’d Be The End Of Me, à celui qui détonne à la Shadow Show, le groupe revisite toutes les alternatives qui composent le rock.

Les premières notes de The End Of The World, rappellent l’univers musical de Sublime, groupe hétéroclite des années 90. Les bases rythmiques de Stuck In The Middle semblent être calquées sur un dub accéléré. Le titre All On Its Own, quant à lui, se rapproche plus d’un rock jeune, très entendu sur les ondes cette dernière décennie.


Stuck In The Middle

Thomas Windrif nous offre, à travers son nouveau groupe The Gents, la possibilité de partager sa grande richesse musicale. Déjà édité chez Georges Martins, producteur des Beatles, il a aussi été managé par Miles Copeland, ancien producteur de The Police.

Plus qu’un nouveau groupe, The Gents est l’aboutissement d’une culture rock provenant de l’expérience de Thomas Windrif. Malgré quelques titres au registre moins poignant, cet album reste un voyage auditif au panel sonore énergisant.

Elsa Agbo

Sorti le 14 juin
myspace.com/thegenerousthieves

Mr Flash – Blood, Sweat and Tears

18 juin 2010 par sandrine  
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Du sang, de la sueur et des larmes. Quand Churchill lance cette fameuse phrase, c’est pour annoncer aux britanniques une période difficile. C’est un joli clin d’œil que Mr Flash ait choisi cette phrase comme titre de son dernier album, lui qui a aussi connu une période blanche.
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Jugez plutôt.
Nous sommes en 2002 et le rap français prend dans les dents une déflagration signée TTC avec le remarquable Ceci n’est pas un disque. Mr Flash est présent dès les premières notes avec le beat funky de Non Science. Il récidivera également quelques pistes plus tard avec Teste ta compréhension dans un genre plus électro. Des lors, le nom de ce producteur prometteur est dans les petits papiers de tous les hip hop headz. Sauf qu’après cet album, la discographie de Mr Flash s’écrit en pointillé. On ne le retrouve guère qu’au côté de TTC dans l’aventure Qhuit mais c’est tout.
Le bout du monde.

Il faut attendre 2007, l’explosion de Justice et la surexposition d’Ed Banger pour retrouver une trace de Mister Flash. Si vous vous souvenez des présentations d’Ed Banger à l’époque, on a très souvent pointé les relations étroites de ce petit monde électro avec le monde du Hip Hop. Ce lien était incarné par Dj Mehdi mais aussi par Mister Flash! Il faut d’ailleurs souligner que Mister Flash a été le premier artiste à avoir sorti un disque sur Ed Banger! De l’electro donc, mais pas seulement puisqu’on retrouve le nom de Mr Flash sur les crédits du dernier album de Mos Def The Ecstatitc sorti en 2009. Sans doute aidé par la hype Ed Banger, le retour du producteur était alors bien amorcé.

Blood, Sweat and Tears arrive donc en mai 2010 porté par le clip trash du morceau Flesh réalisé par Cedric Blaibois. L’entrée en matière (vue du clip) est rude et colle finalement à la stratégie du label de Pedro Winter. Le dernier clip de Justice Stress repose sur la même idée. Une vidéo choc pour créer le buzz quitte à choquer. Tactique payante puisque les vidéos ont eu un certain écho sur le web. Si la politique marketing est typique de chez Ed Banger, on peut en dire de même de la sonorité de l’album. En effet, à l’écoute de Blood, Sweat and Tears on ne peut s’empêcher de penser qu’il porte la marque d’Ed Banger. Un electro easy listening aux influences diverses et variées. C’est encore le cas ici. Si l’on écoute Domino Part A, on croit se retrouver dans une ambiance proche du Purple Rain de Prince avec ces claviers venus d’ailleurs. Le bien nommé Couscous comporte son sample de musiques orientales. Flesh quand à lui contient un sample de Kris Menace, un célébre Dj electro. Les influences sont donc très nombreuses et tout le monde peut s’y retrouver. Un titre aussi dansant que Motorcycle Boy ne pourra que faire l’unanimité.


Motorcycle Boy

Le point négatif de l’album est l’aspect un peu répétitif. L’album ne contient que 6 titres mais on peut tirer la langue à l’écoute de certains morceaux qui durent parfois 5 minutes. Motorycle Boy est peut être le seul morceau à échapper à ce constat avec des variations indéniables, notamment avec l’entrée de l’harmonica. La répétition des boucles n’est toutefois pas un handicap si l’on considère cet album comme un easy listening. Un album pour hocher la tête et pour foutre le son à fond dans la bagnole. En bref, un album parfait pour l’été…

Zayyad

Sorti le 26 Avril 2010
myspace.com/mrflashsmuggler

1 – Domino Part A
2 – Domino Part B
3 – Couscous
4 – Flesh
5 – Motorcycle Boy
6 – Powerlight

Carmen Souza – Protegid

17 juin 2010 par sandrine  
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Carmen Souza est une chanteuse à la voix suave et douce qui, à chaque morceau, nous emporte dans un tourbillon de rythmes chaleureux associés à une touche de saccadé et de distorsion sonore qui lui réussi. Un univers toujours axé jazzy qu’elle partage depuis peu avec son album Protegid, disponible depuis début Juin.

Carmen Souza
Ses inspirations musicales lui viennent de son métissage atypique. Née au Portugal, Carmen Souza n’a jamais oublié ses racines cap verdiennes. Dans ses compositions, ses deux cultures sont très présentes. Loin d’être égoïste, c’est une idéologie qu’elle partage avec ses musiciens qui ajoutent leurs cultures et leurs univers aux créations. Résultat : un nouvel album avec des titres emplis d’éclectisme d’une grande richesse.

Carmen Souza fait profit de ses origines aussi dans ses textes. Elle nous initie au portugais et au Créole, qui a pour particularité de posséder des sonorités qui se greffent naturellement aux rythmiques. Son titre Afri Ka en est la preuve. Attention, cependant, à na pas la sous estimer. Plus que des rythmes qui rappellent ceux de la Begin africaine et un créole très cap verdien, on y perçoit une touche de culture latine et un brin de jazzy.

Le jazz fait toujours parti de ses titres. S’il n’est pas mis en avant dans sa musique, sa voix en est fortement encrée. Il est rare de découvrir une artiste aussi complète, inclassable dans une catégorie par la grande diversité de ses titres. Mais s’il devait en exister une, il faudrait la glisser dans la section « initiation ». Que l’on aime ou que l’on déteste, on ne peut être qu’en admiration devant ce concept musical basé sur le don et la découverte.


Afri Ka

Carmen Souza nous donne une véritable leçon de tolérance. Cet album semble être un message : « devenez curieux et élargissez vos connaissances. La musique possède de multiples facettes que vous n’imaginez pas ! »

Elsa Agbo

myspace.com/carmensouza
Le report de son concert et interview

So So Modern – Crude Futures

7 juin 2010 par sandrine  
Classé dans A la une, Chroniques Cd

Premier album de So So Modern, un groupe de quatre Néo-zélandais, Crude Futures interpelle.
C’est le genre d’album qui ne laisse pas indifférent, et c’est très bien comme ça en ces temps où originalité et personnalité sont devenus des vertus si rares, presque englouties dans le chaudron du conformisme et où chacun s’évertue à copier son voisin.
De la personnalité, il y en a dès le visuel. La pochette annonce la couleur en exposant un couple de freaks : une fille recouverte d’un maquillage qui l’apparente à un félin, proche d’un style carnaval, tandis que l’homme arbore un visage plus sanglant, entre le clown triste et le freak sanguinaire (qui rappelle un peu Cradle of filth). Difficile de ne pas avoir envie d’en savoir plus…

so-so-modern
Et une fois cette curiosité rassasiée, qu’en avons-nous retenu ? Eh bien comme pas mal de premiers albums, celui-ci mélange de bonnes trouvailles tout comme il souffre de certaines imperfections. Détaillons.
Le premier morceau, Life in the Undergrowth, vous prend aux tripes dès les premières secondes et vous aspire jusqu’au bout. Dès les premières notes – un petit air de Gossip – s’installe une atmosphère de tension qui augmente progressivement, notamment avec l’entrée de guitares aériennes qui évoquent Pink Floyd. Le tout vibre d’une telle intensité que vous n’avez pas d’autre choix que de faire corps avec le morceau, ne serait-ce qu’au regard du rythme saccadé continu dans lequel on pourrait reconnaître les battements d’un cœur qui s’emballe. L’ensemble semble narrer une épopée fantastique, tout comme il pourrait être la bande son d’un état de conscience altéré. Le final, tout en grincements, comme si la machine se mettait à déconner, annonce la suite. A notre sens, deux qualités sont à retenir. D’une part c’est en soi un très bon morceau. D’autre part, il remplit à merveille son rôle introductif en ce qu’il met immédiatement l’auditeur en situation et met en place le contexte, chose assez rare pour être remarquée et saluée.


Life in the Undergrowth

Brusque embrayage sur The Worst is Yet to Come, sorte de prophétie nerveuse où le chant traduit l’impuissance et la colère face à l’imminence de la catastrophe et semble dire : « Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus… ». L’énergie du morceau évoque the Hives.
Dans la même lancée suit Dendrons, brutal et fiévreux, qui ressemble à un défouloir avec son petit côté punk.
On pourrait regretter que Be Anywhere s’emboîte aussi brusquement, sans vraie transition, mais le morceau reste sur la même lancée rythmique que les précédents. C’est compréhensible si l’on considère que cela contribue à illustrer l’urgence qui plane sur l’album. Comme s’il fallait tout balancer tant qu’il en est encore temps.
Si l’on change d’univers avec Berlin, l’essentiel est toujours présent. Bien que la rythmique soit plus lente, la mélodie entêtante et les violentes poussées dans les aigus assurent la cohérence du morceau avec le concept de l’album. Il évoque ainsi une alerte à la bombe lancinante, et l’on sent le danger se rapprocher jusqu’à que l’on en arrive au cœur du drame : les bombes se succèdent et crèvent le ciel, un déluge de feu s’abat sur la ville maudite.
La douceur des chants et des synthés de Dusk & Children traduit la tristesse devant l’étendue des dégâts. La douleur se fait plus forte au cours du morceau, et les accents de la guitare rappellent U2 et Sunday Bloody Sunday, sans le côté rageur. Petit regret, la fin abrupte du morceau.
Holiday semble moins intéressant. Les notes introductives paraissent l’inscrire dans la suite logique de Life in the Undergrowth qui inaugure l’album. Mais s’ensuit un changement de cap qui reprend le deuxième morceau (The Worst is Yet to Come), et cela fait l’effet d’une redite. Le chant final fait figure de harangue, reprise dans Island Hopping / Channel Crossing. Mais là encore, le chant paraît un peu redondant par rapport au reste de l’album.
Crude Futures se clôt sur Give Everything dont la mélodie rappelle Berlin, mais qui ne reflète pas les qualités réunies par Life in the Undergrowth.
Au final, certains morceaux se détachent du lot, les autres faisant presque pâle figure à côté. On peut regretter certaines lourdeurs, répétitions dans la rythmique ou le chant, jusqu’à trouver une symétrie un peu appuyée dans la construction des morceaux. Mais tout cela est contrebalancé par les bonnes idées qui ressortent et, rien que pour cela, on a envie de suivre So So Modern dans la suite de leurs pérégrinations.

Sophie

Sorti en mars 2010
myspace.com/sosomodern

Despo Rutti – Convictions Suicidaires

25 mai 2010 par sandrine  
Classé dans A la une, Chroniques Cd

Dans la très bonne chronique d’Aubin sur l’excellent groupe Milk Coffee and Sugar, on peut lire cette phrase « Il [le rap français] ne produisait plus que du prêt à consommer digne de la grande distribution, de la merde en barquette pour jeunes ados décérébrés ». Cette idée est très largement répandue mais semble ignorer la structure complexe du rap français. Car, Mesdames et Messieurs, il existe une typologie du rap français.  Les amateurs de rap français ne se ressemblent pas. Pire, ils se méprisent. Phénomène fascinant que d’assister à une discussion entre deux courants rap. Les arguments volent à peu près aussi haut qu’un éléphant tentant un Fosbury.

despo
Dans cette typologie, on trouve les amateurs de rap français dit « mature » symbolisé par Oxmo Puccino et autre Rocé. On trouve également la catégorie des passéistes arborant fièrement leurs t-shirts « le rap c’était mieux avant ». X- Men et Les Sages poètes de la rue sont leurs disques de chevets. Et puis il y a la base: Ces jeunes ados décérébrés inconditionnels de ce que certains appellent le rap hardcore. Le rap que les autres catégories pointent du doigt en ricanant. Pour ces fans-là, l’avenir du rap français se nomme Despo Rutti.

Pour ceux qui n’appartiennent pas exclusivement à cette école, il convient de présenter le personnage. Pascal Trésor Azu’Simba (son vrai nom) est un rappeur du 93 dont le nom est apparu sur un grand nombre de compilations hexagonales, ce qui lui vaut un succès d’estime important. Despo Rutts (comme il aime à s’appeler) arrive avec un buzz et un style qui n’est pas sans rappeler Sefyu. C’est donc peu dire que son album, Convictions Suicidaires était attendu au tournant.

Autant le dire tout de suite, cet album est une parfaite introduction à ce style de rap français. Il en cristallise toutes les qualités mais aussi tous les défauts. Commençons par les défauts trop souvent constatés du genre : La musique.
Privilégiant l’aspect brut à la musicalité, l’instrumentation de ces albums laisse généralement peu de place à l’originalité. De fait, l’album de Despo Rutti est du même acabit. L’ambiance est sombre; synthés et autre grosses basses sont omniprésents et ce trop souvent pour ne pas lasser. On entrevoit une éclaircie quand on croit reconnaitre une extrapolation du Gangsta Paradise de Coolio sur Underground Musik. Sur certains morceaux, l’alchimie fonctionne également (Destination Finale ; Quitte ou Double) mais globalement la plupart des instrumentations sont interchangeables.

Autre faiblesse du genre, la redondance des thèmes évoqués. Les propos changent peu d’un album à un autre.  On y parle de la vie dans les cités, de drogue, de sexe… Pour se démarquer, les artistes rentrent donc dans une logique de la surenchère. Là aussi, Despo Rutti ne fait pas exception à la règle. Ces thèmes sont les seuls évoqués tout au long de Convictions Suicidaire.

Dans ce genre de rap, la différence entre un bon et un mauvais album tient au talent du MC. Et on peut dire que Despo Rutti illustre parfaitement cette maxime. Tout d’abord par son flow iconoclaste. En effet, Despo Rutti rappe les 3/4 du temps off beat. En d’autre terme, « il ne rappe pas sur le kick ». Cela frise parfois le catastrophique mais dans des moments de fulgurance cela tend franchement vers le génial. On a donc du mauvais avec cette prononciation incompréhensible comme sur L’Œil aux beurre noir et le meilleur, avec ce flow entraînant et drôle comme sur Trashhh. On a l’impression d’entendre Omar Sy couplé à un Freeway première époque. Bluffant.

L’autre qualité de Despo Rutti est son écriture pleine de punchlines. Souvent destinées à choquer, parfois pleines d’humour, elles émaillent cet album et lui confèrent une hauteur qui contraste avec la platitude des lyrics. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le morceau Trashhh où Despo Rutts fait étalage de tout son art de la punchline.


Trashhh

Derrière cette avalanche de punchline se cache néanmoins un homme. En effet, si toutes ces punchlines sont l’oeuvre de Despo Rutts, les textes font apparaître  en filigrane l’histoire de Pascal Trésor Azu’Simba. On y découvre un homme  qui se nourrit de ces contradictions. Un homme qui n’hésite pas à s’interroger sur les chemins qu’il emprunte et sur ses convictions. Qu’il s’agisse de s’interroger sur la « rébellion économique »  dans L’avocat du diable ou de s’interroger sur son rapport complexe à la religion, Despo Rutti se raconte sans artifices. On s’éloigne des personnages gangstarisés créer par les autres rappeurs du genre. Quitte à ce que son propos soit parfois incohérent. De toute façon, Despo Rutti ne souhaite que  » représenter la banlieue jusqu’à dans sa connerie « … et il le fait parfaitement.

Toutes les qualités de Despo Rutti rendent cet album moins linéaire que ceux de ses concurrents et donnent raison à ses fans. Despo Rutti est bien l’avenir de ce genre du rap français et pourrait bien l’ouvrir à des personnes qui lui sont complètement étrangères. Pour peu que ces personnes se donnent la peine d’y jeter une oreille. Après tout, le rap n’a jamais été une histoire de case.

Zayyad

Sorti le 26 Avril 2010
myspace.com/despofficiel

1. Quitte Ou Double
2. Convictions Suicidaires
3. L’avocat du diable
4. The Score
5. L’oeil au beurre noir feat Nessbeal
6. Dangeroot’s
7. Innenregistrable
8. Trashhh
9. Miettes d’espoir
10. Underground Music
11. Légitime Défense
12. Redemption
13. Paris nord by night
14. Destination Finale

Malted Milk – Sweet Soul Blues

15 mai 2010 par sandrine  
Classé dans A la une, Chroniques Cd

Enfin voilà un groupe de blues/funk français qui connaît ses classiques et qui nous ferait parier qu’il s’agit d’un groupe transatlantique. Après donc avoir perdu une tournée, force est d’avouer que Malted Milk a bien travaillé ces standards et compose/reprend avec brio des blues très funky. Leur dernier album Sweet Soul Blues sorti le 22 février dernier est un mezze de blues US, de Chicago à New Orleans en passant par Memphis avec des tonalités de Detroit.

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Non, ils n’ont certainement pas vendu leurs âmes au diable, comme l’a prétendument fait leur ancêtre Robert Johnson dans les années 30, mais ils ont gardé d’une de ses chansons, le nom du groupe. Malted Milk, affiné dans un fût nantais pendant 12 ans, propose aujourd’hui un cru très classique mais affiné et soigné. Un manque d’originalité évident fait quand même de ce malté un passe-partout mais en tant qu’amateur de blues, vous ne serez pas déçu: c’est du bon vrai! L’utilisation d’orgues Hammond B3 et Fender Rhodes contribue à cette couleur, tout comme la voix du chanteur pourrait nous faire perdre une deuxième tournée si on pariait qu’il est noir, et en particulier sur le premier et le dernier morceaux de l’album, Brand New Thing et Hard time killin’ floor blues, respectivement. Ce dernier titre est d’ailleurs un classique du genre que l’on retrouve entre autre sur la bande originale du film O’Brother. Sur Sweet Soul Blues, son interprétation par Arnaud Fradin, le leader, est captivante. Dégustation:


Hard time killin’ floor blues

Ce dernier « Lait Malté » sent la poussière et le coton. Memphis n’est pas loin, on entend les bateaux sur le Mississippi. C’est l’heure où la température écrasante commence à diminuer et où l’on troque la limonade contre un bourbon. Le temps passe à la vitesse des balancements du rocking chair. Clichés? C’est Sweet Soul Blues.

Cyrielle Weber

Sorti le 22 février 2010
myspace.com/maltedmilkmusic




Malted Milk – Sweet Soul Blues



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