VV.Brown et BB.Brunes Ricard sa Live Music @Bordeaux
Alors… question : Comment contourner la loi Evin et faire de la pub pour l’indéboulonnable boisson anisée (copiée mais jamais égalée) qui a marqué à tout jamais nos esprits olfactifs pendant les étés de notre enfance au camping de Palavas les Flots entre 1977 et 1985? Et ce, avec la plus grande finesse, dans la joie et l’allégresse, partout en France… ? Hein…??
En donnant des concerts gratuits pour LA cible, en l’occurrence, nos adolescents boutonneux qui vont très prochainement devenir des consommateurs/trices (si ce n’est déjà fait…). À en voir le déploiement dispendieux de la marque, on mesure les répercussions en terme de vente qui vont découler de cette tournée générale. C’est vertigineux ! Mais je m’égare…
Soirée Ricard en Live sous la pluie donc, place de la Victoire à Bordeaux. Tout le monde est là, même le tram est « out of order » durant le concert. Heureusement qu’ils ont pensé à mettre en place des vélib’ … euh, des Vcub pour qu’on rentre à la maison.
Ceci étant dit, je dois reconnaître que l’accueil est fort sympathique côté carré VIP. On est à l’abri, l’open bar propose le fameux Ricard (à flot) et ses nouveaux-nés sans alcool, sans sucre, sans calorie avec goût mangue, menthe, nature… je les ai tous testés, c’est abominable mais passons…
L’attaché de presse est aux petits oignons, la charcuterie locale de grande qualité. J’aime le fromage de brebis, tout va bien.
En première partie, Twin-Twin pour quatre morceaux. À peine le temps de détourner mon regard du très beau black à demi nu qui tape très fort sur son tom basse, le torse décoré de guirlandes roses bonbon… que c’est déjà fini.

VV.Brown arrive sur scène telle une liane moulée dans une combi noire, les épaules soulignées de plumes d’aigle. Shark in the water , c’est elle. Pour la petite histoire, VV déclare (source Myspace) qu’elle ne parvient pas à se souvenir d’un temps où la musique ne faisait pas partie intégrante de sa vie. Ah ouais… Bon, VV tient la scène (les bras haut levés) on ne peut pas lui enlever, elle reprend bien les tubes des autres, elle est belle et nos ados sont contents.
Le groupe BB.Brunes comme cerise sur le gâteau. Les quatre garçons dans le vent qui se réclament du Rock et chantent pour les adolescentes en furie font un carton ! Adrien le chanteur se la joue pale copie de Peter Doherty avec son feutre taupé. Sa voix est relativement insupportable mais sur scène, force est de constater qu’il assure. Question musique, ça dépote !
Un dernier petit tour dans les backstages avant la ballade en vélo. Je me permets de chourave un cendrier Ricard pour faire de la pub sur mon balcon… Voilà, faute avouée à moitié pardonnée.
Merci à Anne-Claire Barthélémy pour son accueil incroyable.
Aurélia
Photographies Aurélia Frohlich
Band of Skulls @ Nouveau Casino
Band of Skulls, le groupe de rock alternatif ou de neo-blues, (c’est selon) revient sur une petite scène Parisienne après son concert à la Flèche d’Or fin janvier. Et ce, dans la plus stricte intimité… ça paraît impensable mais la salle est juste à demie remplie (de fans avertis). Alors on profite avec ravissement de cette délicieuse proximité.
Parce qu’une chose est claire, ça ne va pas durer… En effet, Russel Marsden, Emma Richardson et Matthew Hayward forment le groupe de crânes le plus démoniaque du moment, il suffit d’écouter leur album Baby Darling Doll Face Honey et bien entendu de les découvrir sur scène pour ne plus en douter.
Le trio arrive tout droit de Southampton, un bled paumé du sud de l’Angleterre. À l’époque, un peu désœuvrés, Matt et Russel s’inscrivent aux Beaux-arts et rencontrent Emma, l’artiste de la bande. Ils l’exhortent à se mettre à la basse mais la belle n’en lâche pas pour autant ses craies grasses et dessine partout et tout le temps. La pochette de leur album est d’ailleurs l’une de ses créations.
Les Band of Skulls cherchent à vivre leur musique dans une certaine démocratie, ils composent tous les trois, chacun de leur côté et personne ne s’impose comme le leader du groupe. Quoique…
Au chant, Russel et Emma se partagent le micro et entourent Matt à la batterie. Tout fonctionne dans une grande harmonie. Pendant le live, les regards qui s’échangent entre Russel, le visage dissimulé derrière un rideau de cheveux filasses et Emma, une sorte de Blanche Neige des temps modernes qui assumerait son androgynie ne trompent pas. Sur fond de riffs électrisants, envolées lyriques, cassures, glissades et reprises planantes, ils nous livrent un rock lumineux, énergisant, mélodieux, et enivrant à souhait.
Mention spéciale aux sublimes Light of the Morning, Fires, Cold Fame et à l’incontournable Impossible.
Aurélia
Juliette Lewis @ la Flèche d’Or
Il a fait chaud le week-end dernier dans l’ancienne gare de Charonne, une chaleur que l’on peut aisément qualifier de « hammamesque »…
Et Juliette Lewis n’y est pas pour rien. La belle américaine était de retour à Paris et a élu domicile à la Flèche d’Or pour quatre concerts exceptionnels.
Vendredi soir, le groupe My Park ouvre le bal. Malheureusement, c’est peu convaincant… À vrai dire même… c’est fort maniéré, trop posé, faussement sensuel donc vraiment faux. Aux antipodes de l’authentique et du rock. La miss qui chante y met du sien, peut-être même un peu trop d’ailleurs. On souffre.
Juliette Lewis commence son show par une petite démo à la batterie, c’est très mignon… Et ceux qui connaissent l’énergie avec laquelle elle va brûler la scène apprécient le calme qui précède la tempête tropicale…
Quelques secondes plus tard, Juliette a investit l’espace comme peu de femmes auparavant. D’ailleurs, on entend ça et là des références au grand Iggy Pop. Grain de folie, corps en fête, moiteur sensuelle, gueules décomplexées qu’elle affiche avec une grande liberté de ton. Et par les temps qui courent, il faut avoir une belle personnalité pour assumer son côté « yaourt nature » doublé d’une foldingue à plumes. Qui chante avec un talent remarquable.
Parce que « La Lewis » est éblouissante. Elle nous en donne des grands écarts dans son pattes d’eph disco, des tours de bras à la belle envergure, des balayages capillaires qui nous arrosent allègrement de volées de sueur… ! sans se soucier des répercutions visuelles forcément peu esthétiques.
Le concert est plus dense et épuré que celui qu’elle avait donné à l’Alhambra en novembre dernier. Moins de débauche de couleurs, de tenues extravagantes et de plumes d’oiseau pour Juliette qui se retrouve quasiment en soutien gorge. On en ferait bien de même vu l’hygrométrie ambiante mais bon…
Ses musiciens l’entourent avec une énergie complice et une tendresse confondante.
Son tempérament de feu qui ne s’économise pas participe au sentiment qu’elle aime vraiment ce qu’elle fait, qu’elle est bien née pour ça et qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte cette passionnante récréation.
On se laisse glisser avec ravissement dans ce sensuel voyage vers des terres inconnues (Terra Incognita), emporté par cette belle nature, cette femme généreuse, positive et frondeuse.
Aurélia
Photographies Aurélia Frohlich
Jeanne Cherhal au Rock School Barbey
Jeanne Cherhal égraine ses malicieuses charades tout au long de son album et cherche son homme. Mon premier, mon second, mon troisième… « Mon tout je le cherche en vain, Ici ou là-bas, Je le traque mais je crains, Qu’il n’existe pas »…
Toujours aussi sensible et amoureuse, avec sa silhouette de petit oiseau de paradis, on la croirait juste fragile et douce mais, descendue de sa balançoire de lumières, elle peut se montrer piquante et passionnée, acerbe et engagée. Sa reprise de La boulette de Diam’s fait mouche.
Jeanne Cherhal s’étonne de remplir le club Bordelais branché et remercie son public « aventureux ». Son image de chanteuse « piano-piano-réaliste » lui colle un peu à la peau mais elle a changé de maison de disque, chante avec La secte humaine et passe à la guitare électrique plus sexy, plus rock, plus femme.
Ses mélodies sont toujours aussi travaillées, son écriture plus touchante et mâture.
Sur scène, ça balance pas mal… Jeanne danse horriblement bien, envoie de la santiag dans les airs puis enfile ses repetto pour jouer au piano « Mon corps est une cage qui m’empêche de danser avec l’homme que j’aime et moi seule ai la clef ». On est loin des bluettes qui peuplent nos ondes. Culottée Jeanne ? La réponse est sans aucun doute, OUI!
Derrière un immense sourire qui lui mange le visage, Jeanne dévoile ses failles, ses doutes avec une énergie épanouie absolument réjouissante, un véritable équivalent orgastique!
Dans Mon tout elle conclue, troublante : « Mon quatrième est génial mais c’est une femme »
À méditer donc…
Charade est un album précieux à découvrir en Live !
Aurélia
Festival Garorock @ Marmande
Garorock 2010 s’achève sous le soleil après avoir accueilli autant de bourrasques de vent et d’averses capricieuses. A l’image de ces manifestations naturelles imprévisibles, les trois chapiteaux du site Marmandais ont joyeusement crié leurs passions, leurs riffs enivrants et leur révolte souvent brutale, parfois poétique mais ô combien sincère.
Derrière la programmation résolument reggae-rock de ce festival, on retrouve l’essence du son de notre époque, la magie des harmonies musicales et son pouvoir sur les sens, le poids des mots porteurs d’espoir et l’énergie brute et irremplaçable du Live.
Vendredi 2 avril :
Une première journée qui commence sous le charme de Nouvelle Vague et sa new-wave-lounge. Mélanie Pain et sa comparse s’amusent de leurs voix gracieuses et sensuelles dans un ballet complice et accompli.
Les américains de Solillaquists of sound déroutent avec un rap lyrique-électro composé et servi « en couple » avec une belle énergie animale.
En revanche, sous le grand chapiteau, Mickey 3D n’est pas bien réveillé. Investissement minimum, intérêt super réduit. Naturellement, on s’ennuie ferme. Quel dommage !
Izia a toujours autant la pêche. Mincie, radieuse, elle chante avec un enthousiasme qui force le respect même si sa voix n’est pas toujours bien modulée. Une jeune femme à la fraîcheur épatante. C’est stimulant et généreux.
Mon coup de cœur du jour, le groupe Archive et sa musique céleste… d’une pureté à couper la souffle. Controlling crowds nous envoûte littéralement. On se perd dans les méandres sonores lyriques et fluides de ce rock de l’espace qui nous scotche en lévitation.
Le peuple de l’herbe fait partie de ces groupes français qui mêlent subtilement modernité et racines. Un hip-hop électrique à tendance reggae-groove-jazz assaisonné à l’herbe folle.
Après s’être séparé en 1998 pour divergences artistiques, Big Red et Daddy Mory reforment Raggasonic. Ils ne nous convainquent qu’à demie avec leur prestation distante. Ceci après une vilaine attente et des problèmes de soudcheck qui nous décalent les concerts suivants. Adieu donc Pony Hoax et Pony pony run run.
Samedi 3 avril :
Les filles de X-Syndicate envoient du bois avec leur punk rock trashy. On ne fait pas dans le glam, loin s’en faut, ni dans la demie mesure question grimaces de circonstance. C’est honnête et porté.
Inversement, Gizelle Smith est tout en minauderies et sollicitations peu naturelles pour nos objectifs photographiques. Tout est joli mais du coup, on en oublie son funk et les Mighty Mocambos qui méritent sûrement mieux. Une deuxième écoute s’impose avant l’assassinat en bonne et due forme.
Les Danakil font du reggae-roots-dub et rassemblent incontestablement avec leurs messages engagés sauce « paix, amour, nature et petits oiseaux ». Attention, Danakil a un sourire à tomber par terre, fuyons vite !
Nneka a posé ses valises en Allemagne mais n’en oublie pas ses racines Africaines, au contraire ! Très indépendante, militante (influence Lauryn Hill), son hip-hop soul afro-beat ne s’embarrasse pas de vaines coquetteries. Le message est affirmé point levé, capuche de rappeuse sur la tête avec une conviction authentique.
Alpha Blondy a marqué les esprits avec son « sweet fanta diallo » en 1987. Son reggae d’aujourd’hui n’est pas vraiment dans la tendance, du reggae à papa. Indigeste.
Coup de cœur absolu pour les Belges de Ghinzu et leur rock incandescent, nerveux, lyrique, violent, habité. John Stargasm agace derrière ses lunettes de mouche mais son arrogance n’a d’égal que son immense talent d’interprète. Il nous embarque loin avec ses déclarations d’amour au romantisme exacerbé, sa manière très personnelle de jouer du piano avec extravagance… Mirror Mirror est un bijou.
Les New Politics sont carrément dérangés ! Leur rock-punk déjanté est un peu brut de décoffrage, tout feux tout flammes, provocation à la Iggy Pop, parfait. Yeah yeah yeah !
Wax Tailor est un grand manitou génial. Mais planqué en fond de scène derrière ses platines, on se croirait sur un plateau de Michel Drucker époque Champs Elysées. Il nous présente tour à tour, Charlotte Savary (beauté diaphane et voix d’ange), Ursula Rucker et Sharon Jones. Ses deux gros rappeurs américains. Ses musiciens. On dit merci. Vous en voulez encore.. ? Vous êtes sûrs.. ?! Le tout manque terriblement de classe et de spontanéité.
Dimanche 4 avril :
Un dimanche qui commence sur les chapeaux de roues avec l’adorable Jessie Rose (20 ans) et son blues pop soul mâtiné de cuivres et de guitares scintillantes. Une pointe d’excentricité, un soupçon de désuet sauce fifties, le tout pour un résultat craquant et prometteur.
Les masses de Mass Hysteria sont en pleine forme. Le message est envoyé brut de pomme, cheveux au vent, point levé et révolte sincère chevillée au corps.
La sublime Alice Russel nous enchante avec ses textes soul blues seventies. Enrobée dans une tenue de paillettes noires, bouche rouge sang, blondeur bébé, la diva dégage une énergie, une sensualité et un dynamisme absolument déconcertants. Let us be lovin….
Disiz (ex la peste) cherche à faire de la vraie musique. Avec de vrais instruments et de vrais musiciens. Oui mais on ne s’improvise pas vrai chanteur. Ni vrai talent.
Le métal hardcore trash de Sepultura est sans concession. C’est bestial, hyper dark, réservé aux spécialistes du genre.
Ultra Vomit a un public. Oui, oui… Leur punk métal parodique genre farce d’adolescent pré-pubère qui se cherche un style et qui croit déranger en prenant zéro risque a trouvé un public… Les bras m’en tombent.
Les Lillois de Skip the Use sont absolument lumineux, barrés, géniaux, tatoués, exaltés, sexy, punk! Parfaits.
Aurélia
Jérémie Kisling @ l’Européen
Jérémie Kisling est venu présenter son spectacle à Paris le temps d’un week-end printanier. Et le printemps lui va si bien ! Entre ombre et lumière, pluie tiède et vent frais, le chanteur Suisse ne choisit pas et assume avec une désarmante sensibilité ses failles, ses doutes, ses souffrances, mais aussi sa joie, sa foi et son envie.
Son écriture n’a rien à voir avec une quotidienneté ancrée dans le réel ; non, Jérémie a la poésie nostalgique de son enfance, du temps qui passe et des doutes afférents à cette quête existentielle qu’il mène depuis Monsieur Obsolète et Le Ours, ses précédents albums.
Dans Antimatière, on retrouve ses thèmes de prédilections comme la nature, qui fait formidablement écho à ses états d’âme : vaste, tourmentée, insaisissable, énigmatique et tendre. Mais Jérémie a mûri, et même si la pudeur l’emporte, il aborde plus frontalement le grand thème de l’amour qu’il espère absolu et au-delà des frontières. Un album bleu comme le Lac Léman, noir comme cette douleur qui l’assaille et qui nous touche au plus profond.
Sur scène il est accompagné par un chœur très féminin, ses trois sœurs Eléonore (qui enregistre prochainement son premier album) Marie-Aurélie (également à la clarinette) et Julia et par son fidèle pianiste Raphaël Noir, fantaisiste, irrésistible. Jérémie passe avec une aisance remarquable de la guitare acoustique à l’électrique et du piano à l’harmonica. Son interprétation tout en nuance, son accent charmant et l’émotion qu’il dégage (le garçon est à fleur de peau) font de lui un artiste singulier à suivre de près… L’ambiance est chaleureuse, familiale, généreuse ; le show enlevé, teinté d’humour, entre douceur et euphorie communicative. Jérémie est en tournée dans toute la France.
Aurélia
Ed Laurie au Café de la Danse
Le premier album du songwriter Ed Laurie Small Boat Big Sea est sorti en novembre chez Tôt ou Tard. Anglais d’origine brésilienne, il reconnaît que sa musique n’a pas grand-chose à voir avec la pop anglaise. L’homme a voyagé, d’où ses influences flamenco et fado qui viennent pimenter sa folk. Flirtant avec la douceur d’un Leonard Cohen, Ed Laurie déclare « En fait, je pense que le son est quelque chose sans existence, sans profondeur, c’est le côté superficiel des choses. En revanche, ce qui est important par-dessus tout, ce sont les sentiments que tu y introduis. »

On le devine sensible, introverti. Il lit beaucoup, prend le temps et pose sur le monde un regard contemplatif.
Sa voix caressante et ce léger accent font bon mariage avec ses compositions à cordes.
Sur scène, on découvre un homme d’une rare beauté. Un atout qui semble faire distance entre lui et le public. Une femme vraisemblablement conquise le cherche et le taquine en l’appelant dans le noir. Ed Laurie baisse les yeux ; intimidé, embarrassé, il ne sait que répondre. Au milieu du concert, il nous raconte en français une petite fable sur un chat et un oiseau, dont la portée philosophique m’échappe… Un joli moment certes, mais qui manque incontestablement d’entrain et d’envergure, de générosité et de piquant.
Aurélia







