Mardi 28 février, la salle Paul Fort à Nantes recevait  Daniel Darc qui démarre une tournée après la sortie de son dernier album encensé par les critiques La taille de mon âme.

Après 30 ans de carrière, Daniel Darc nous livre des textes d’une poésie rare, plus sincères et touchants que jamais. Darc c’est une gueule, mais c’est avant tout une plume, des mots qui vous cognent en plein cœur et vous prennent aux tripes. C’est aussi un phrasé et des sonorités qui font souvent penser à Gainsbourg.

Le bad boy surtatoué, témoignant d’une vie bien remplie, fait son entrée sur scène, allure vacillante et lunettes noires ne laissant paraître son regard. On dit souvent que les yeux sont le miroir de l’âme, ce qui explique peut-être pourquoi Daniel porte ces lunettes, préférant nous faire découvrir la taille de son âme avec ses textes sur scène plutôt que dans son regard.

C’est avec un ancien titre aux allures mélancoliques, issu de son album de 2004 Amours suprêmes, que Daniel démarre son concert. « Serais-je perdu », l’histoire d’un homme n’espérant plus que la fin. Le titre suivant « C’était mieux avant » signe la résurrection de l’ange déchu : «Crade est Darc de temps en temps/ Darc est crade à chaque instant ».  Avec « La pluie qui tombe », Daniel témoigne des regrets qui le rongent : « les regrets  ça va droit au cœur, et ça y restent jusqu’à ce qu’on meurt ». Mais parce qu’après la pluie vient le beau temps, Daniel ironise sur son propre sort avec le titre emprunt d’autodérision « C’est moi le printemps ».

Le temps qui passe, les ruptures, les blessures, sont autant de thèmes que conte le poète, sans jamais perdre le fil de son histoire, tout en naviguant entre titres anciens et morceaux issus de son dernier album.  Avec « J’irai au paradis » issu de son album Amours suprêmes, Daniel évoque les excès de son passé qui ont conduit à des erreurs irréparables : « Quand je mourrai j’irai au paradis, c’est en enfer que j’ai passé ma vie, j’ai gâché ma vie ». Plus le concert avance et plus l’artiste à une allure vacillante, tel un boxer sur le ring. Mais jamais il ne cédera, jamais il ne sera mis KO sur scène. Souvent les bras levés au ciel, comme s’il en appelait à Dieu, lui pour qui la religion occupe tant d’importance. C’est devant un public dont le souffle est parfois coupé, que Daniel Darc nous livre ses textes avec son cœur et ses tripes.

Pour reprendre les paroles de Daniel : « Il y a des moments où on attend toujours un peu trop et tout se barre en couilles ». Et puis il y a eu la rencontre avec sa femme, que Daniel raconte avec beaucoup d’humour au public. Elle lui plaît, et visiblement c’est réciproque, et puis lorsque celle-ci découvre qui il est, elle lui avoue qu’elle déteste ce qu’il fait. La transition parfaite pour le morceau suivant « Quelqu’un qui n’a pas besoin de moi » : « J’ai besoin de quelqu’un qui n’a pas besoin de moi, j’ai besoin de quelqu’un que je ne connais pas, d’aimer quelqu’un qui ne m’aime pas ». Moment d’une rare émotion, lorsque Daniel Darc interprète « Vers l’infini », chanson dédiée à ses amis qui l’ont quittés et sont partis vers l’infini. Daniel Darc en profitera pour donner la bénédiction à son public.

Darc enchaîne les titres, passant habilement d’anciens morceaux à ceux de son dernier album, alternant également les sonorités, tantôt empreintes de douceur comme avec son single « Seul sous la lune », ou bien plus torturées comme avec le titre « My baby left me » rappelant étrangement la chanson « Melody Nelson » de Gainsbourg. La fin du concert approche. Daniel Darc commence la lecture d’une feuille, sorte de prière, d’hymne à la liberté, en terminant par cette phrase pleine d’amour qu’il hurle à son public : « Soyez aimés ».

Mais Daniel ne pouvait quitter son public sans interpréter son tube de l’époque Taxi Girl « Chercher le garçon ». Une version réarrangée où les notes de synthés s’envolent, la batterie cogne et avec un Daniel visiblement heureux, qui s’éclate sur scène pour le plus grand plaisir du public. Dernier morceau, comme une façon de boucler la boucle, avec le titre éponyme de son dernier album et d’une poésie immense, « La taille de mon âme ». Ce soir, sans conteste, Daniel Darc a démontré à son public la grandeur de son âme, avec beaucoup de sincérité, de sensibilité et d’amour.

On se sort pas indemne après un concert du grand Daniel Darc. Pour reprendre une phrase d’une spectatrice : «  Ce soir, dans le noir de la salle Paul Fort, les ondes sonores de l’homme poète nous ont inondés de lumières ».

Site Daniel Darc

Texte et photos : Sandrine Laporal

Concert du 28 fév 2012 @ La Bouche D’Air (Nantes)