L’interview cérébrale du Peuple de l’Herbe
C’est aux loges artistes que nous avons rendez-vous avec les membres du groupe. Une petite table de jardin est installée au bord de l’eau. Des torches de jardin sont plantées tout le long du fleuve. Festival de musique oblige, nous avons même droit à un concert de grenouilles. Le cadre est tout simplement sublime. Et c’est à DJ Pee et à au bassiste Spagg de se prêter au jeu des questions-réponses, avant de gentiment nous proposer de prendre une bière avec eux.

Plus de dix ans que le groupe existe. Pourriez-vous nous faire une brève présentation du Peuple de l’Herbe?
DJ Pee: Je sais pas… Tu me coupes un peu l’herbe sous le pied!
Comment dire? … On est un groupe qui a évolué, qui est parti d’un duo, pour devenir un quatuor et pour finalement se retrouver à six sur scène.
Un groupe qui était à l’origine une idée de DJ et de sampler, pour devenir un véritable groupe organique, avec des changements de personnes des gens qui s’en vont, des gens qui arrivent. Et avec cette formule, on en est maintenant au cinquième album.
Des gens qui font des musiques qu’ils aiment.
Vous êtes assez stylistiquement inclassable. Comment vous définiriez-vous?
DJ Pee: La question revient tout le temps, évidemment!
Spagg: On touche un petit peu à tous les styles. On répond souvent par la formation. On a un batteur, un DJ, un bassiste, des machines, un trompettiste qui joue aussi du clavier et nos deux chanteurs.
Existe-t-il des influences musicales communes à l’ensemble des membres?
Spagg: On se retrouve sur certain style… Tout ce qui est punk, punk rock, hard core et hip hop aussi… Mais sinon chacun a aussi des influences qui lui sont propres, c’est ce qui fait que comme tout le monde compose dans le groupe, on fait tous ces styles différents. En fait, on est un mélange… On mélange les styles, on mélange les machines.
En terme d’écriture, quelles sont vos sources d’inspiration?
DJ Pee: Alors, y’a deux sortes d’écriture. A l’origine, on est un groupe instrumental. Donc on écrit des morceaux, en exprimant avec des samples – des voix souvent- des idées qui nous tiennent à cœur et après, y’a des morceaux qu’on fait avec nos MC, Sir Jean et JC001, un qui est londonien d’origine indienne et l’autre qui est sénégalais installé en France. Donc de cultures différentes, voire complémentaires de ce que l’on est, nous. On cherche les points communs entre ce qu’on a envie de dire et ce que eux aussi, sentent à signifier.
Comme on s’efforce de faire des choses qui ont un sens… Ce qu’on aime, on essaie de le faire dans un sens… Deuxième sens… Sixième sens… Donc on essaie de trouver avec eux, des points de vue qu’on aimerait voir abordé dans les morceaux parce que y’a pas tant que ça de morceaux chantés. Autant que ceux qui soient chantés, soient assumés par le groupe et avoir des sujets qui changent un petit peu.
Comment s’est déroulée la création de l’album TILT?
DJ Pee: Comme les autres!
Spagg: Selon les morceaux, y’a différents processus pour arriver au résultat. ça part en général des machines, mais comme maintenant y’a plus d’instruments, ça peut arriver de faire un bœuf local comme n’importe quel groupe… donc y’a pas vraiment de recette qui soit commune à tous les morceaux.
DJ Pee: ça dépend vraiment des morceaux.
Comme le groupe a évolué, il peut utiliser ses anciennes méthodes comme on est à l’origine DJ et samples uniquement, on peut repartir… mais on a trouvé une souplesse à jouer des fois des samples, des fois les rejouer, des fois simplement jouer et assembler… donc on a une palette d’outils déjà pour composer, qui s’élargie.
Avant on composait sur des samplers, et même sur PC, après on est passé sur des écrans et c’est pas très musical en fait comme démarche. Ça se fait énormément maintenant, toute la musique électronique c’est devenu un gimmick. Et des fois, c’est bien de… comme avec la machine qui recherche souvent de l’émotion, souvent tu te rends compte que l’émotion tu l’as en jouant. Et que tu peux rejouer dans l’autre sens, sampler des émotions et puis les rendre au contraire, un peu froide avec les machines.
Et nous, on boucle les boucles, comme ça. Tantôt l’un, tantôt l’autre.
Souvent on essaie de surprendre avec des sons qu’on pourrait penser samplés et qui sont en fait des sons joués. Et l’inverse aussi. Utiliser des samples et de bien les trafiquer pour essayer de les rendre agréables à écouter. On travaille beaucoup avec notre ingé son, qui nous suit depuis le début, qui est mon frère et qui est à l’origine du groupe. L’histoire de DJ, c’est mon frère qui nous a fait rencontrer, parce qu’il travaillait avec ce mec qui jouait dans un groupe de hip hop… C’est cet ami avec qui j’ai commencé le groupe, à l’origine. Voilà, l’histoire elle commence comme ça…
Qu’est-ce qu’évoque la pochette de votre album?
Spagg: Oh, c’est à chacun d’y trouver ce qu’il veut!
Nous, ça faisait plusieurs projets où travaillait avec le même graphiste, on a changé pour celui là. Histoire de faire un petit peu des choses différentes. Et c’était aussi pour marquer, je dirai pas une sorte de révolution, mais une envie de changement.
Comme l’album précédent était parti sur un concept bien établi, autant celui-là, on l’a fait plus naturellement.
DJ Pee: On avait voulu faire un concept-album basé sur un roman de Philippe K.Dick, c’est lui qui a écrit « Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques? », qui est à la base de Blade Runner… Une bonne partie de la culture-mère s’appuie sur ces romans. C’est un mec qui est super parano mais à la fois super lucide et visionnaire.
Donc voilà, ce bouquin, on s’en est servi comme de matériau, comme de prétexte pour faire un disque un peu plus engagé que ceux qu’on avait fait avant.
Sur celui-là, TILT, qu’on a sorti après, justement on a voulu un peu secoué la machine et montrer qu’on était pas devenu sérieux et triste, qu’on peut parler à la fois à la tête et aux pieds, avec la musique. On peut essayer de dire des choses sans virer dans la pédagogie. On fuit la démagogie, mais des fois tu peux friser la pédagogie en essayant de passer trop de messages.
Ça empêche pas dans l’album d’avoir un morceau qui fait un peu reggae, qui dit « Look up, look up! Lève la tête de ton ordo, regarde dehors, y’a des caméras de surveillance… » Essayer juste de le dire d’une façon plus ludique… On en est tous à dénoncer ça, un monde à la 84, et en même temps, on est les premiers à aller sur des réseaux sociaux. Nous en tant que zicos, on a forcement un myspace, on a forcement un facebook même si on est pas forcement d’accord avec tout le système qu’y a derrière facebook, ni Myspace. Myspace, c’est Murdoch, toute la presse de droite… On a tous des contradictions. Donc voilà, essayons de temps en temps de les amener, et puis de se mettre en scène en disant que ça nous arrive aussi, on est pas parfaits, on est pas des maîtres… On est pas là pour dire au gens « faut faire comme ci, faut faire comme ça! » C’est juste pour rappeler, mettre un petit peu de lumière sur les évènements qu’on a commencé à cacher sous le tapis. Tout ça avec le sourire!
Spagg: Et puis c’est bien que la musique reste un espace de liberté où chacun y trouve ce qu’il a envie… ou la façon dont il le ressent. Si nous on dit « Ce morceau c’est ça, le message est là, avec le mode d’emploi et tout ça, c’est dommage… »
Les projets à venir?
Spagg: On va sortir un live, avec seulement des morceaux enregistrés sur cette tournée là, de cet album là…Avec deux inédits, deux titres qui ont été filmés en vidéo.
DJ Pee: Et un petit bonus…
Après la tournée, comme on a fait plein de festivals, y’a plein de gens différents qui nous voient. On va essayer de ramener l’attention un petit peu sur notre disque parce que c’est important pour nous que les gens reviennent un peu vers l’objet, ne disent pas « Ouais, je connais le morceau qui fait lalalala ».
Isabelle

