L’interview nocturne de Féfé
Festival Terres du Son 2010
En ce jour de finale de Coupe du Monde de foot, il était prévisible – et regrettable – qu’un certain nombre de festivaliers délaisserait les scènes pour se ruer devant les écrans rediffusant le match.
Ce qui l’était moins, c’est que Féfé déciderait de reporter ses interviews après son concert, afin de suivre également la finale!
Sachant que son show (Et quel show!) commençait à 23h30, il nous a reçu dans une loge d’artistes… à une heure et demi du matin…
Et sa première réaction a été de nous offrir des bonbons… Sympa Féfé!
Féfé, qui es tu?
Euh, je ne sais pas. Je me pose la question depuis longtemps et je cherche encore.
Tu as des éléments de réponse à ces interrogations?
Ah, je crois que Féfé – je vais parler de moi comme Delon – Féfé, c’est un passionné. C’est juste un passionné de musique… et qui cherche.
Qui cherche quoi?
Le Saint-Graal, la musique absolue, la mélodie absolue, le texte absolu… le truc infaisable, en fait.
Il existe un musicien « absolu » pour toi?
Non, il n’y en a pas, mais y’a des musiciens qui me font vraiment mal à chaque fois que je les écoute. Que ce soit de Stevie Wonder à Jimi Hendrix, Bob Marley… Tous ceux qui ont marqué, qui ont été particuliers, qui ont été eux. Ce sont des gens que j’estime énormément.
Tu dis que tu souhaites ne pas être catalogué dans un style de musique particulier.
Comment alors identifierais-tu ta musique?
Je ne sais pas. J’ai essayé en tout cas dans cet album, de rapprocher le côté « chanson » du côté « hip hop ». Je voulais vraiment faire un truc hybride et qui me ressemblait.
On sent également du blues, du rock…
Oui, du blues, et pourtant j’en ai jamais vraiment écouté… Mais c’est des choses qui me parlent. Je sais pas pourquoi, c’est des énergies, je pense. J’ai un problème…
Parlons-en! (fou rire)
Ouais, je vais vous dire toute la vérité!
J’ai un gros souci, c’est que j’ai pas de case… depuis petit. J’arrive pas à dire que c’est différent parce que c’est pas du rap, ou c’est du rock ou… J’ai pas de case. Moi je vois que des énergies et je vois beaucoup d’énergies qui se ressemblent, en fait. Le rock, le rap, pour moi ça a toujours été la même.
Comment s’effectue la transition entre Saïan Supa Crew – et le succès qu’on lui connait – et un album solo?
C’est beaucoup de craintes, c’est beaucoup de questions, c’est beaucoup de doutes. Déjà, je suis quelqu’un qui doute naturellement beaucoup, mais alors là, après Saïan, c’était compliqué! Parce que quand je voulais commencer à faire mon album solo, les autres me disaient « C’est quand que se reforme Saïan »?
Donc bon… Pour se mettre en confiance, c’est compliqué!
Mais bon après, je me suis dit que comme je savais que ça n’allait pas se reformer, « C’est pas grave, les gens mettront le temps, mais je vais quand même continuer à faire de la musique parce que je sens que je suis fait pour ça ».
Tu pensais que c’était risqué?
Oui, je pensais que c’était très risqué, que j’allais me casser la gueule.
En plus c’est pas un gros succès commercial, mais c’est plus un succès d’estime.
On en entend parler de Féfé tout de même?
Ouais, même moi j’hallucine! Mais non, je m’attendais pas du tout à ça. Je pensais que sur la longueur, on allait commencer peut-être à me connaître ou à connaître mon univers, mais pas sur le premier album. Je pensais pas que les gens allaient adhérer tout de suite.
Que représente cet album à tes yeux? C’est une sorte d’introspection? Un exutoire?
C’est un exutoire. Ça a été un exutoire parce que j’avais besoin de me poser et de poser qui je suis, à un moment donné. Je sortais de Saïan, je sortais de dix ans où pendant dix ans, j’ai eu vingt ans non stop. A rigoler, à jouer, à découvrir plein de choses, à parcourir le monde. Et du jour au lendemain, quand je me suis retrouvé seul, je me suis dit « Attends, t’as trente ans, t’as des enfants, qu’est ce que t’es maintenant? T’es plus dans la continuité de Saïan. Qu’est ce que t’es maintenant? »
Donc cet album c’était ça, me faire une carte de visite, un CV, « Voilà ce que je suis, voilà ma relation avec ma femme, voilà ma relation avec mon père… Voilà ce que je suis »…
En tout cas, j’avais besoin de me définir à moment donné, et même pour les fans de Saïan. Leur dire « Ecoutez ça c’était bien, mais voilà ce que moi je suis. Je vais pas vous mentir, je vais pas essayer de chercher une gloire passée et de surfer dessus ». Ça m’intéresse pas.
Tu recherches plus la vérité que la perfection?
Ouais, maintenant. J’ai beaucoup recherché la perfection… Longtemps… Je la cherche toujours. A tous les niveaux, dans l’écriture, dans le son, dans le flow comme on dit pour les rappeurs, dans tout… La perfection… Et j’ai compris avec cet album et avec Dan The Automator qui a réalisé l’album, qui m’a beaucoup parlé, que la perfection c’était pas intéressant. Ce qui était intéressant, c’était la quête. Et il m’a convaincu.
Tes projets?
Un second album, que j’ai commencé déjà là.
Un titre qui sort, que j’ai écrit et composé.
Tout ça dans la lignée du premier, j’espère un cran au-dessus… Avec des influences pas forcement nouvelles. J’ai beaucoup d’influences, mais y’en a certaines que j’ai pas voulu sortir tout de suite dans cet album… qui sont plus africaines. J’écoutais beaucoup de Fela et je me sentais pas prêt à aller dans ça, parce que j’aimerai carrément y consacrer un album. Mais ça ressort déjà là, dans la guitare. Même, on me le dit, mes musiciens se foutent de moi. Ils me disent « P’tain, mais quand tu joues, c’est africain » Je peux faire d’autres choses, c’est ce qui ressort.
Des collaborations dans ce nouvel album?
Je sais pas encore…
Des envies, j’en ai toujours eu. Si Jay-Z m’entend, moi c’est quand il veut!
Sinon, Keziah Jones, ça me ferait kiffer. Voilà, ça déjà ça serait bien… et M. J’ai déjà collaboré avec lui, mais j’aimerai re-collaborer avec lui. C’est plus faisable!
Jeune À La Retraite
Et le foot, dans tout ça? On sait que tu tenais absolument à voir la finale, ce soir…
Euh, l’Espagne a gagné, championne du monde, bon… (l’air déçu)
C’est la France qui m’a fait un mal. On aurait eu besoin, parce qu’en ce moment c’est morose en France, on aurait eu besoin d’un petit truc, un petit souffle, un peu d’air. Mais bon, c’est pas grave…
J’aurai bien voulu voir le match mais j’ai pas pu le voir. J’ai essayé de voir le match, mais j’ai pas vu, ça marchait pas où je devais le voir… Mais bon, c’est comme ça! La vie des Festivals! (sourire)
Isabelle


