Os Mutantes @ Le Cabaret Sauvage

by Duende on 3 juillet 2010

Chacun a sa définition d’un bon concert. De manière générale, j’ai toujours pensé que le titre de showman était décerné à tort et à travers. Tout dépend de l’attente que l’on a d’un concert ou du « mood » comme on dit parfois…

Prenons mon cas personnel. Un téléphone qui se fait hara kiri juste avant le concert, le RER qui en hommage à Monsieur De La Fontaine a décidé d’imiter la tortue davantage que le lièvre et un petit grand temps d’attente à l’entrée du Cabaret Sauvage ont achevé de me mettre de mauvaise humeur. C’est donc peu dire que mon taux de ronchonnage était assez élevé. Il contrastait cependant avec le public souriant qui attendait tranquillement l’ouverture des portes en se dorant la pilule au soleil.

Eux savaient à quoi s’attendre et étaient surs de passer une bonne soirée. Ce qui n’est pas mon cas. Ayant décidé de faire un black-out complet sur les Os Mutantes afin de me faire un avis en live, je ne savais pas du tout où je mettais les oreilles. J’ai même une légère appréhension au moment de pénétrer dans la salle. Appréhension typique de l’amateur de Hip Hop qui a du mal à définir le terme de rock psyché ou Tropicalina qui colle au Os Mutantes.

Une fois à l’intérieur, il n’a fallu qu’un titre ou très précisément 3min25 aux OS Mutantes pour me faire oublier tous mes soucis quotidiens (je me plains trop de toute façon) mais aussi pour balayer mes idées préconçues sur le rock psyché. La marque indéniable d’un concert de qualité.

Mais reprenons depuis le début. A peine installé dans l’antre du Cabaret Sauvage, je cherche des repères. Le groupe est constitué d’une chanteuse (Bia Mendes), un batteur, un clavieriste, un choriste, trois guitaristes/ bassistes dont le leader (Sergio Dias) qui donne également de la voix. Vêtu d’une sorte de pancho noir très « hippie », cet homme ne pouvait qu’être très  sympathique.

Sergio Dias prend alors le micro et commençe à articuler en Espagnol/Portugais. Sentant mon supplice, il décide de basculer dans la langue de Molière. Je comprends alors que la chanson suivante et un hommage au grand Sergio Mendes. Et là c’est le drame… Moi qui était venu voir un concert de rock et qui m’était préparé en conséquence, je me retrouve à me trémousser sur des rythmes brésiliens que n’aurait par renié des artistes de La Fania. Si même les préjugés sur le rock psyché ne tiennent plus, ou va le monde ?
Pour enfoncer le clou, ledit leader n’hésite d’ailleurs pas à improviser des paroles en Français sur la mélodie. Ce qui va droit au cœur de l’amateur d’impro que je suis !

Je comprends que le morceau est terminé uniquement lorsque Sergio  se remet à parler français. La température étant monté d’un cran dans la salle, je fuis me désaltérer au bar. Malheureusement, la moitié du Cabaret a eu la même montée de température et attend son verre alcoolisé. J’entends juste Sergio articuler le nom de notre président bien aimé. Et la salle d’applaudir ( ou siffler) à tout rompre et la musique de reprendre de plus belle.

Tiens, puisqu’on parle de la musique, il faut maintenant avouer que ces mutants portent bien leurs noms. Impossible de cerner leur musique.  Elle est tour à tour furieusement rock avec une avalanche de guitares électriques et frénétiques (et tout ce qui rime en « ique » sauf soporifique), ballade soyeuse à la guitare accompagnée à la flute pour redescendre en tension, et autres instruments étranges dont je ne me risquerais pas à essayer de les nommer.

Ajoutez à cela les intermèdes de Sergio en français. Ces hésitations entre les mots, sa reprise de Gainsbourg et son accent qui font invariablement penser à un charmeur latino en train d’appliquer son plan drague. Sauf que lorsqu’il se met à chanter, la voix de Sergio Dias met tout le monde d’accord.

C’est donc avec toute son expérience scénique que le groupe tient la salle en otage. Tantôt en déversant des avalanches de notes rock sur nos faciès ébahies, tantôt en décidant de court-circuiter Meetic en ralentissant dangeuresement le tempo. Le plan est simple et bien maitrisé. Le groupe sait où il veut nous emmener et on a envie de se laisser faire.

Au moment où le groupe décide de passer à la vitesse supérieure, le clou du spectacle se produit. Le son de la basse décède.On appelle Didier l’ingé-son à la rescousse qui était en faite partie boire une bière. L’intermède est plutôt long et  les OS Mutantes de combler avec une séance de beatbox rétro brésilienne du plus bel effet. Le public est conquis et nous sommes prêt à passer à la vitesse supérieure.

La vitesse supérieure, nous avertit Sergio, c’est les extraits du nouvel album d’Os Mutantes. Et là nous sommes montés très haut. Par contraste, on, pourrait dire qu’on est monté aussi haut que la côte de l’équipe de France de Foot a chuté. Les solos de Sergio et son ami batteur ont achevé le public du Cabaret Sauvage. Celui-ci n’étant pas totalement plein, il restait suffisamment de place pour se mouvoir à son aise. Certains ont opté pour le mouvement de tête hip-hopesque de haut en bas. D’autres ont privilégié le saut sur place. D’autres encore  ont décidé de remettre au gout du jour la danse rock. Un peu daté mais pourquoi pas…

Dans ce déluge sonore, on retiendra la prestation du batteur qui a su donner le rythme qu’il fallait pour faire danser tout ce petit monde. La chanteuse Bia Mendès sort également du lot. En la voyant, mon cortex cérébral  fatigué me renvoi l’image de Fergie. Pas de vocalise inutile, une présence scénique certaine mais réduite à sa plus simple expression, un sex-appeal discret. En fait non, c’est juste l’anti Fergie. Et c’est un très beau compliment !

Un final étincelant (4 ou 5 jeux de batterie !!!) et deux rappels plus tard, le groupe peut s’en aller avec le sentiment du devoir accompli. Le spectateur lui se dit qu’il a passé une très bonne soirée et a assurément assisté à un très bon concert. C’est sûr, il en a même oublié qu’il doit reprendre le RER ..

Zayyad

Concert du 30/06/2010
Myspace des Os Mutantes
Merci à Netta d’Ephélide

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