Nouvel R – Tout va bien
Ecrire sur la musique n’a jamais été un long fleuve tranquille. J’en ai encore fait l’expérience avec ma dernière chronique sur Despo Rutti et les nombreux remous qu’elle a suscité. Des différences de points de vue parfois un peu viriles et des interrogations légitimes qu’il faut bien accepter quand on écrit dans un webzine célébrissime comme les Zindés. Alors quand on m’a demandé de chroniquer le dernier album de Nouvel R, cela s’est passé de la façon suivante :
« _ Zayyaaaaad, on a un groupe de rap pour toi !
_Ah ouais ?
_Un groupe de rap français pour changer, Nouvel R !
(après plusieurs écoutes)
_ Ca m’a l’air cool …
_ Ok prends le mais essaie de ne pas faire péter le serveur niveau commentaire cette fois …
(Private joke parce qu’en plus du goût, on a aussi de l’humour au Zindés !)
Comme vous le voyez, j’ai donc accepté. D’abord parce que je suis un peu maso. Ensuite parce que Nouvel R m’était complètement inconnu et m’a paru intéressant. Je repars donc avec le disque sous le bras. Au moment d’écrire la chronique, je me suis demandé pourquoi ne pas répondre à certaines interrogations légitimes. Et si je profitais de cette chronique pour délaisser le ton volontiers ironique qui m’a si bien desservi pour essayer d’expliciter un peu ma méthode de travail. Un article sérieux quoi. Ca va me changer mais pourquoi ne pas essayer. C’était donc parti pour Comment écrire une chronique pour les nuls ou Comment écrit-on une chronique quand on est nul … Cela dépend du fameux point de vue.
Première étape : Se renseigner sur le groupe.
Essentiel pour essayer de comprendre la musique et le message du groupe. J’apprends donc sur le site officiel de Nouvel R que le groupe est avant tout une rencontre scénique. Il est composé de 4 MC’s (Binzen, Geni K, Koni et Sseca) d’un bassiste et d’un human Beat Box (Paï Paï et Shen Roc). Le tout drivé par Dj Dox. Tout ce petit monde s’est donc rencontré sur scène. A force d’écumer les festivals en tout genre, cette rencontre a abouti à la formation d’un groupe et un premier album profondément social intitulé Hybride. 2 ans et quelques crises économiques plus tard, le groupe sort son deuxième album ironiquement intitulé Tout Va Bien.
Deuxième étape : Retranscrire la forme (musique et chant). La musique de Tout va bien est marquée par des rythmiques plutôt tranchées et des influences plutôt larges. Jugez plutôt. Le groupe cite parmi ces influences Puppetmastaz, The Streets et Dizzee Rascal. La liste laisse perplexe mais jouons au petit détective musical. L’electro hop de Puppet est assez facile à débusquer (Masta ; Un minimum). L’influence de The Streets par contre est un peu plus difficile à retrouver (Débranche). L’ombre de Dizzee Rascal est bien là sur Canicule donc ouf, pas de publicité mensongère.
On trouve également des morceaux beatboxés par Shen Roc comme le rappeur est bâillonné ou le très bon morceau bonus. On ne peut qu’être impressionné par la manière dont ces influences ont été assimilées par le groupe angevin. (Impressionné au point de faire mon coming out sur la musicalité du rap français ? Hum ça reste à voir…)
Passons maintenant au chant : Dès le début de l’album, les Mc’s se renvoient la balle et les flows se marient plutôt bien. Tantôt technique, tantôt prophétique, le nombre de Mc’s permet une certaine variété et une vrai complémentarité. Complémentarité due sans doute à ces nombreuses heures passées en concerts et show en tout genre. Un petit bémol néanmoins sur les refrains comme celui de www.tuveuxdutrash.com qui deviennent très vite horripilants.
Troisième Etape : Le fond. On l’a dit, Nouvel R est un groupe résolument engagé. Le groupe est très souvent comparé à des entités comme La Rumeur ou même IAM. Les thèmes abordés ne manquent pas. Le chômage et les délocalisations (le remarquable morceau la machine), le thème du pouvoir d’achat (Un minimum), le thème de l’euthanasie (Débranche) ou encore l’environnement (Canicule). Tous ces thèmes sont traités de manières incisives et parfois même un peu trop (Je Reviendrai). L’humour n’est cependant jamais très loin avec l’ami dont nous rêvons tous (Chuck Maurice) ou la caméra embarquée dans une boîte de nuit des plus pittoresques (Chasilly Night Fever).
Un clip du morceau Masta est également disponible. Réalisé par Toumani Sangaré de Kourtrajmé qui fournit là une production des plus soignés dans le style caractéristique de Kourtrajmé. Un style direct qui s’accommode plutôt bien avec la musique et les convictions de Nouvelle R. Il suffit de voir les réactions sur le thread de la vidéo Youtube pour se convaincre que ce style fait mouche et suscite là aussi des différences manifestes de point de vue.
La Machine
Quatrième Etape : L’analyse (Analyse qui s’efforce de replacer le groupe et l’album de manière plus générale. C’est certainement la partie de la chronique la plus difficile car au contraire des trois autres, elle ne repose sur aucun fait objectif). En ce qui concerne Nouvel R, ce groupe fait furieusement penser à un groupe comme Steno.P. Les deux groupes partagent un aspect revendicatif et une volonté de se démarquer musicalement des standards du rap français. Chose que ces deux groupes arrivent à faire avec une certaine aisance. Ce qui laisse penser que le rap français n’est pas musicalement perdu et que sa future carte d’identité sonore est à chercher dans des groupes indépendants comme ces deux-là. Je ne dois pas être le seul à le penser puisque Nouvel R est lauréat du prix FAIR 2010.Nouvel R succède ainsi à des artistes comme Wax Tailor, Ez3kiel, Beat Assaillant ou Renan Luce. Peut-être le début d’une plus grande exposition pour eux et souhaitons le, d’une évolution sonore dans le paysage rap français…
Zayyad
Sorti en mars 2010
myspace.com/nouvelr
01 Un minimum
02 Je Reviendrai
03 www.tuveuxdutrash.com
04 La Machine
05 Masta
06 Chassily Night Fever
07 Le Rappeur Est Bâillonné
08 L’Addition
09 Canicule
10 La Face Cachée
11 Chuck Maurice
12 A Quoi Bon
13 Débranche

