So So Modern – Crude Futures

by sandrine on 7 juin 2010

Premier album de So So Modern, un groupe de quatre Néo-zélandais, Crude Futures interpelle.
C’est le genre d’album qui ne laisse pas indifférent, et c’est très bien comme ça en ces temps où originalité et personnalité sont devenus des vertus si rares, presque englouties dans le chaudron du conformisme et où chacun s’évertue à copier son voisin.
De la personnalité, il y en a dès le visuel. La pochette annonce la couleur en exposant un couple de freaks : une fille recouverte d’un maquillage qui l’apparente à un félin, proche d’un style carnaval, tandis que l’homme arbore un visage plus sanglant, entre le clown triste et le freak sanguinaire (qui rappelle un peu Cradle of filth). Difficile de ne pas avoir envie d’en savoir plus…

so-so-modern
Et une fois cette curiosité rassasiée, qu’en avons-nous retenu ? Eh bien comme pas mal de premiers albums, celui-ci mélange de bonnes trouvailles tout comme il souffre de certaines imperfections. Détaillons.
Le premier morceau, Life in the Undergrowth, vous prend aux tripes dès les premières secondes et vous aspire jusqu’au bout. Dès les premières notes – un petit air de Gossip – s’installe une atmosphère de tension qui augmente progressivement, notamment avec l’entrée de guitares aériennes qui évoquent Pink Floyd. Le tout vibre d’une telle intensité que vous n’avez pas d’autre choix que de faire corps avec le morceau, ne serait-ce qu’au regard du rythme saccadé continu dans lequel on pourrait reconnaître les battements d’un cœur qui s’emballe. L’ensemble semble narrer une épopée fantastique, tout comme il pourrait être la bande son d’un état de conscience altéré. Le final, tout en grincements, comme si la machine se mettait à déconner, annonce la suite. A notre sens, deux qualités sont à retenir. D’une part c’est en soi un très bon morceau. D’autre part, il remplit à merveille son rôle introductif en ce qu’il met immédiatement l’auditeur en situation et met en place le contexte, chose assez rare pour être remarquée et saluée.


Life in the Undergrowth

Brusque embrayage sur The Worst is Yet to Come, sorte de prophétie nerveuse où le chant traduit l’impuissance et la colère face à l’imminence de la catastrophe et semble dire : « Vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenus… ». L’énergie du morceau évoque the Hives.
Dans la même lancée suit Dendrons, brutal et fiévreux, qui ressemble à un défouloir avec son petit côté punk.
On pourrait regretter que Be Anywhere s’emboîte aussi brusquement, sans vraie transition, mais le morceau reste sur la même lancée rythmique que les précédents. C’est compréhensible si l’on considère que cela contribue à illustrer l’urgence qui plane sur l’album. Comme s’il fallait tout balancer tant qu’il en est encore temps.
Si l’on change d’univers avec Berlin, l’essentiel est toujours présent. Bien que la rythmique soit plus lente, la mélodie entêtante et les violentes poussées dans les aigus assurent la cohérence du morceau avec le concept de l’album. Il évoque ainsi une alerte à la bombe lancinante, et l’on sent le danger se rapprocher jusqu’à que l’on en arrive au cœur du drame : les bombes se succèdent et crèvent le ciel, un déluge de feu s’abat sur la ville maudite.
La douceur des chants et des synthés de Dusk & Children traduit la tristesse devant l’étendue des dégâts. La douleur se fait plus forte au cours du morceau, et les accents de la guitare rappellent U2 et Sunday Bloody Sunday, sans le côté rageur. Petit regret, la fin abrupte du morceau.
Holiday semble moins intéressant. Les notes introductives paraissent l’inscrire dans la suite logique de Life in the Undergrowth qui inaugure l’album. Mais s’ensuit un changement de cap qui reprend le deuxième morceau (The Worst is Yet to Come), et cela fait l’effet d’une redite. Le chant final fait figure de harangue, reprise dans Island Hopping / Channel Crossing. Mais là encore, le chant paraît un peu redondant par rapport au reste de l’album.
Crude Futures se clôt sur Give Everything dont la mélodie rappelle Berlin, mais qui ne reflète pas les qualités réunies par Life in the Undergrowth.
Au final, certains morceaux se détachent du lot, les autres faisant presque pâle figure à côté. On peut regretter certaines lourdeurs, répétitions dans la rythmique ou le chant, jusqu’à trouver une symétrie un peu appuyée dans la construction des morceaux. Mais tout cela est contrebalancé par les bonnes idées qui ressortent et, rien que pour cela, on a envie de suivre So So Modern dans la suite de leurs pérégrinations.

Sophie

Sorti en mars 2010
myspace.com/sosomodern

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