A l’occasion de la sortie de son premier album « Lablaza », Dieter Schöön nous recevait pour une interview, il y a de ça quelques temps. C’est autour d’un petit déjeuner sympathique que nous discutons avec un artiste réservé et humble. Sous son bonnet et sa barbe, se cache un personnage attachant qui va nous révéler, au fur et à mesure des questions, sa conception de la musique.
Les Zindé : Bonjour Dieter Schöön, on est là aujourd’hui pour parler de ton album Lablaza. Pour commencer, peux-tu nous dire ce que veut dire « Lablaza » ?
Dieter Schöön : Lablaza ? C’est comme un mot fantaisiste avec une consonance espagnole, c’est comme une explosion. C’est un mot qui n’existe pas, mais c’est aussi le nom du studio où je travaille en Suède. C’est là que je créé ma musique.
Les Zindé : Comment définirais-tu ton univers musical ?
Dieter : La musique, c’est pour moi, échapper à la réalité, c’est aller dans un autre endroit, dans ma tête. Aller dans un univers fantaisiste où tu construis ton propre monde. Je ne pense pas trop à ce que je fais, et pourquoi je le fais, j’essaie d’avancer par le ressenti (« Go by the feeling »). J’aime que ce soit impulsif et faire ce que je fais dans le moment présent.
Les Zindé : Peux-tu nous parler de ce que tu as fais avant cet album?
Dieter : J’ai commencé à l’adolescence. Mon premier coup de cœur était Depeche Mode avec leur deuxième album « Broken Frame », j’étais à fond dedans. C’était de la musique electro, quelque chose de nouveau. Ensuite, j’ai été dans un groupe de pop vers les années 85, et c’est là que j’ai découvert le Hip-Hop qui était une musique excellente. J’ai aussi joué dans un groupe de Funk en tant que batteur pendant un temps. J’ai aussi fait des sessions rythmes pour des groupes de Hip-Hop suédois, il y en avait un notamment qui s’appelait « Goldmine » dont deux membres bien connus ont produit Madonna et Britney Spears.
Après ça, j’ai joué dans des groupes genre Rock, Garage, influencé par la musique des Cramps. En fait j’ai toujours été dans différents styles de musiques. Par la suite, j’en avais assez de jouer dans des groupes, je voulais faire ma musique moi-même. J’ai commencé à enregistrer seul et me suis lancé dans ce projet (Lablaza).
Les Zindé : As-tu fais quelque-chose en solo avant Lablaza ?
Dieter : J’ai eu un autre projet solo appelé « Zeke Schoon », c’était un 12″ EP de musique electronique, expérimentale…
Carl (son manageur) : .. en fait il y avait en même temps Zeke Schöön et Dieter Schöön…
Dieter : Oui avec la maison de disque j’étais censé sortir un album un peu comme Dieter Schöön, mais c’était de la musique electro et pop rock… Il s’agissait de diviser le projet en deux, on était supposé être comme des frères jumeaux Zeke Schöön et Dieter Schöön. Zeke Schöön était plus dans l’electro alors que Dieter faisait plus de la pop-rock.
Les Zindé : Et donc, Zeke Schöön, c’était qui ? Toi ?
Dieter : Oui ! On avait inventé cette histoire des frères jumeaux (Rires).
Carl : (rires) Et Dieter c’était celui qui pouvait survivre.
Dieter : Zicha est sur une île quelque part maintenant (rires).
Les Zindé :Tu nous parles un peu de la chanson « Harbour’s cold »
Dieter : Harbour’s cold, c’est surtout une chanson dans laquelle je décris la vue que j’avais de la fenêtre du studio en étant assis dans le canapé. C’est une description de la vue du port.
Carl : C’est la description de l’incroyable vue que tu avais du studio avant qu’ils construisent cet immeuble.
Dieter : (rires) Oui, c’est vrai, ils ont mis cet immeuble juste en face de ma fenêtre, je ne pouvais donc plus voir le port. mais avant ça, c’était une très belle vue… Très inspirante…
Les Zindé : Une vue de la liberté ?
Dieter : Oui, on pourrait dire ça. J’ai vécu dans ce studio.
Carl : Tu y as même vécu pas mal de temps.
Dieter : 10 ans. On était une communauté à vivre là-bas, il y avait par exemple un homme qui faisait de l’art… Bref, c’était un bon environnement.
Les Zindé : Peux-tu nous parler de la chanson « Manuel » ?
Dieter : Au début c’est parti d’un sample, une boucle de Victor Jara, un chanteur folk du Chili. J’ai copié en quelque sorte la manière dont il chantait, et j’ai ajouté une guitare.
Les Zindé : Cette chanson parle de quoi ?
Dieter : Ça parle de la musique funkadélique américaine, de leur shows en live, où il y a des refrains chantés par tout le public. « I grab the rooftop and there’s that feeling » c’est comme ouvrir tout. Si tu n’avais pas de toit, tu pourrais aller partout. C’est une métaphore qui permet d’atteindre l’esprit créatif et inspiré.
Les Zindé : Pourquoi avoir choisi le style psychédélique ?
Dieter : J’adore la musique psychédélique, ça donne quelque chose de très intéressant quand on peut entendre des sons à différents niveaux au même moment. C’est peut être bien le feeling, tu fais ce que tu veux faire…
Les Zindé : On dirait que c’est difficile pour toi de parler de ta musique.
Dieter : Oui, j’ai du mal à parler de la musique comme d’un concept, je ne fais pas de la musique de cette manière, j’y vais juste au feeling, j’essaie de ne pas trop analyser pourquoi je fais telle partie. Quand je fais de la musique, j’ai juste envie de me sentir bien. Il doit y avoir énormément de feeling dedans, sans savoir ce que c’est réellement, je sais juste quand c’est le bon et qu’on ressent que c’est bon. Je ne sais pas pourquoi.
Les Zindé : Tu es suédois, pourquoi n’avoir pas choisi ta langue maternelle ?
Dieter : La plupart de la musique que j’ai pu écouter était en anglais, ça m’a donc paru très naturel. Pour moi, la musique est un endroit plein de fantaisie, et il y en a encore plus si on utilise une autre langue.
Les Zindé : Quel est le plus gros message que tu veux faire passer dans cet album ?
Dieter : Je ne sais pas trop… C’est plus un lot de feelings, d’émotions, d’humeurs que je voulais faire passer, plus que des messages. Je ne le vois pas de cette manière là… Ou alors peut être que c’est ça : » Go by the feeling » (Y aller au ressenti). Je ne pense pas que les mots soient importants ici.
Les Zindé : Tu as travaillé avec d’autres personnes sur cet album ?
Dieter : J’ai tout fait seul au studio, mais les personnes de la maison de disque ont rajouté des instruments comme par exemple les trompettes sur « Mary jane », mais c’est tout.
Les Zindé : Des concerts de prévus ?
Dieter : Je n’en ai pas de prévus. On essaye de trouver un set qui marcherait mais c’est un peu compliquer à réaliser pour un live. Il faudrait énormément de gens, de musiciens pour que ça sonne bien.
Les Zindés : Ton futur, tu le vois comment?
Dieter : Dans l’idéal, je ferai des lives et je continuerai à faire de la musique. Je n’ai pas été capable de faire ça jusqu’à maintenant. Sinon, je commence à faire un nouveau cd, et je pense que celui-ci sera plus facile à adapter à la scène que « Lablaza ». Je pense que je n’utiliserais pas autant d’ingrédients cette fois-ci.
Les Zindés : Tu trouves que « Lablaza » est plutôt un album studio ?
Dieter : Oui, c’est carrément ça. Je pense que, même au début, il n’était pas fait pour le live, c’était vraiment de l’enregistrement. Je me demande si ce n’est pas ce que je préfère faire : enregistrer la musique. Les chansons sont comme des peintures ou des sculptures.
Les Zindés : Pourrais-tu nous donner des groupes que tu aimes ou qui t’ont vraiment influencés ?
Dieter : Depeche mode était ma première grosse influence. Après il y a eu ce mouvement vers les années 70 le krautrock, ce mélange de rock et d’electro dure. Il y avait parmi eux Can que j’ai beaucoup aimé écouter… Mais il y en a beaucoup.
Les Zindés : Lesquels aurais-tu envie de partager avec nos lecteurs ?
Dieter : Il y aurait Uran, Colder dont je t’ai parlé tout à l’heure. J’aime beaucoup aussi Animal Collective. Et ce groupe où il y a un gamin qui joue dedans.. les Coming Soon. Winter Family , Les Oliversteins, Aeroflot, Barth…
Interview réalisée par Duende
Traduction par Duende
Merci à Carl pour son aide





1 commentaire
wapabaka says:
oct 3, 2008
Sympa l’interview, très cool a lire j’ai beaucoup aimer, sa manque juste d’un petit extrait musicale.